L'homme de Dumbledore - Chapitre 5 - Double retenue

Harry passa les jours suivants à imaginer un moyen lui permettant de suivre Rogue à Malefoy Mansion, ou de prouver qu'il y rencontrerait Voldemort, mais il avait beau se creuser la tête, rien ne lui venait à l'esprit. La vie suivait son cours, et Harry en était de plus en plus frustré. Il avait abandonné ses amis à leur sort pour quoi ? Donner des cours à une bande d'adolescents dont certains tourneraient mal ou mourraient sans qu'il y puisse quoi que ce soit.

Harry avait observé les Maraudeurs, et bien qu'il voit Pettigrew moins souvent que les autres puisqu'il n'assistait pas à son cours, rien ne laissait supposer, contrairement à Rogue, qu'il filait déjà du mauvais coton. Harry avait cependant remarqué que Sirius ne semblait pas apprécier Peter autant que les autres, se montrant souvent impatient, voire méprisant envers lui. Lupin de son côté, était aussi aimable avec Peter qu'il l'était avec n'importe qui. Un vrai candidat à la sanctification. Quant à James, il était si flatté par l'admiration sans bornes que lui vouait le futur Mangemort qu'il semblait toujours heureux de l'avoir à côté de lui. En fait, Harry avait l'impression que si Peter faisait partie de la bande, c'était uniquement du fait de James. Cela le contrariait plus que tout. Si son père avait été moins vaniteux, n'avait pas voulu avoir un faire-valoir constamment à ses côtés pour l'applaudir, jamais les choses n'auraient tourné si mal.

Novembre arrivait, et avec lui le premier match de Quidditch de la saison, qui comme tous les matchs d'ouverture allait voir s'affronter Gryffondor et Serpentard. James, capitaine de l'équipe, semblait encore plus fier de lui qu'à l'ordinaire et marchait dans les couloirs d'un pas conquérant, entouré d'une foule de groupies. Lily semblait particulièrement exaspérée par son attitude et il ne se passait plus un cours de Défense Contre les Forces du Mal sans qu'elle fasse une remarque sèche en réponse à une vantardise de James.

Harry devait cependant avouer que son père n'avait pas le monopole de l'autosatisfaction : son rival sur le terrain, Evan Rosier, manquait tout autant de modestie. Les cours d'Harry devenaient de plus en plus tendus et il finit par donner une retenue à Rogue et James qui en étaient venus aux mains pour un prétexte si futile qu'Harry ne s'en souvenait même pas le soir même.

« Lundi soir, 20 heures, dans mon bureau, tous les deux, » fit sèchement Harry.

Rogue ne dit rien et garda la tête baissée, mais son père leva le menton d'un air de défi.

« Oh, je ne crois pas que je pourrais, vous savez. Le professeur McGonagall m'a justement donné rendez-vous ce soir-là. Je suis sollicité de toutes parts et je n'ai plus un moment à moi, c'est le revers de mon succès. »

La plupart des élèves éclatèrent de rire à ses mots. Harry fit comme s'il n'avait pas relevé l'insolence.

« Ce n'est pas grave, Mr Potter, je peux arranger cela. Samedi soir. »

Le sourire de James s'effaça.

« Ce samedi ? Impossible, je dois fêter la victoire sur les Serpents avec les autres et... »

Rosier eut un ricanement méprisant.

« Oui, compte là-dessus, Potter, on va vous écra... »

Harry l'interrompit.

« Mr Rosier, je ne crois pas que l'on vous ait sonné. Mr Potter, samedi soir, 20 heures, dans mon bureau. Pas de discussion. Et maintenant, assez perdu de temps, est-ce que quelqu'un peut me dire comment repousser un Inferius ? »

Lily leva la main et le reste du cours se déroula sans histoire.

Le samedi matin, Harry alla s'installer dans les tribunes, entre le Professeur Slughorn et le Professeur Flitwick. Malgré ses prises de becs avec son père et l'attitude exaspérante de celui-ci, Harry avait hâte de le voir à l'½uvre. On lui avait dit si souvent à quel point il était bon et enfin il pourrait s'en rendre compte par lui-même.

Le match fut des plus intéressants, les deux équipes étant d'un niveau à peu près égal, même si la présence de James était un net avantage pour Gryffondor. Harry devait avouer qu'il était extrêmement doué, même s'il ne pouvait pas vraiment faire de comparaison avec lui-même, puisqu'il ne jouait pas au même poste.

La partie se finit en début d'après-midi par la victoire des Lions 450 points à 230. Ravi de l'excellent match auquel il avait assisté, Harry rentra au château en compagnie de Slughorn. Ce dernier n'avait pas l'air particulièrement abattu par la défaite de sa maison.

« Alors, comment se passent vos cours ? Quelques élèves valent le détour, n'est-ce pas ? Ne serait-ce que la petite Evans ! »

Harry acquiesça :

« Elle est en effet très douée, toujours très documentée, avec des questions intéressantes... mais en ce qui concerne ma matière, je dois dire qu'elle n'est pas la plus impressionnante... Messieurs Potter, Black et Rogue... »

Slughorn se tapota le ventre, hochant solennellement la tête :

« Eh bien, Black et Potter transforment en or tout ce qu'ils touchent ! Bien sûr, ils ne s'intéressaient pas suffisamment aux Potions pour poursuivre dans cette voie... Pas la patience requise, je dois dire, mais Mr Rogue... Ah, c'est compliqué. Un très bon élément, vraiment, mais en cours... Trop dispersé, à expérimenter plutôt que se concentrer sur la recette, il se retrouve toujours avec d'excellentes notes aux examens, mais... Miss Evans, en revanche, est impressionnante de rigueur ! »

Harry digéra les informations en silence. Curieux de penser que Slughorn n'est jamais réalisé le véritable génie de Rogue pour les potions. Mais après tout, ce dernier n'avait pas non plus la science infuse : s'il modifiait les potions pendant les cours, il ne pouvait pas tomber juste du premier coup... Les deux professeurs se séparèrent aux portes du château non sans que Slughorn ait fait promettre à Harry de venir prendre le thé dans son bureau. Harry avait accepté par politesse, même s'il doutait tenir sa promesse.

Le soir, James se présenta dans son bureau avec quelques minutes de retard, l'air dégagé, comme si le fait de ne pas célébrer sa victoire en compagnie de ses admirateurs ne le dérangeait pas plus que cela.

« Bonsoir, Mr Potter, fit Harry d'une voix légère, bien, je ne vous ai pas préparé quelque chose de très compliqué. Vous voyez ces vieux livres de classe ? Je pensais les renvoyer dans la bibliothèque, plutôt que les laisser traîner dans la classe, malheureusement, vu leur état, Mrs Pince risquerait d'en faire une syncope. Vous recollerez les pages et les couvertures détachées... »

James s'assit à un bureau. Il était à moitié caché par la pile de livres, ce qui sembla le ravir.

« Oh, Mr Potter, si vous pouviez me passer le miroir qui se trouve dans votre poche... »

Son père lui jeta un regard ahuri.

« Que... Je n'en ai pas ! »

Harry lui sourit gentiment. Il s'amusait bien.

« Bien sûr que si. J'ai mes sources.

« - Pourquoi voulez-vous mon miroir ? »

James avait l'air un peu inquiet à présent.

« Je veux me recoiffer, rétorqua Harry d'une voix un peu plus ferme. Allons, dois-je le sortir moi-même de votre poche ? »

Avec un soupir, James obtempéra, et lui remit un miroir semblable à celui que Sirius lui avait offert et qu'il n'avait jamais utilisé. Harry le posa sur son bureau et regarda James se mettre au travail, le visage un peu pâle.

Quelques minutes plus tard, le miroir se mit à vibrer discrètement. Harry le ramassa et regarda dedans, non sans jeter d'abord un coup d'½il à James. Son futur père était livide. Harry baissa les yeux sur le miroir, et contempla, à la place de son reflet, le visage de Sirius qui venait d'apparaître. Celui-ci ouvrit de grands yeux en voyant que son correspondant n'était pas son meilleur ami.

« Ah, bonsoir, Mr Black, dit Harry en essayant d'adopter le ton à la fois aimable et légèrement malicieux que Dumbledore avait si souvent employé, Je suis au regret de vous dire que Mr Potter est indisponible pour le moment. Il est en retenu, vous comprenez... »

Jamais Harry n'aurait pensé voir son parrain prendre un air aussi ahuri. Il finit cependant par se reprendre.

« Ah, oui, eh bien, euh, désolé de vous avoir dérangé...

« Mais pas du tout voyons ! Et comment se passe la fête, dans la salle commune ? Pas trop de comportements débauchés, j'espère ? Le professeur McGonagall n'apprécierait pas. »

Sirius eut un petit sourire.

« Pas d'inquiétude, professeur, je les surveille, ils sont entre deux bonnes mains. Il n'y a que Remus qu'il faut tout le temps avoir à l'½il, un vrai Don Juan ! »

Harry eut un petit sourire, puis le visage de Sirius s'effaça et le jeune homme ne vit plus que son reflet. Il reposa tranquillement le miroir sur son bureau. James le regardait fixement, se demandant ce qu'il lui était encore réservé.

La retenue ne dura qu'une heure de plus. Harry s'ennuyait un peu, et après tout, il était inutile de garder James plus longtemps. Son but avait juste été de lui montrer qu'il n'était pas le plus malin, et Harry était satisfait de sa démonstration.

« Bon, ça suffira Mr Potter. Je suis sûr qu'il reste encore quelques bouteilles de Bièraubeurre à vider en votre honneur dans la salle commune. »

Reconnaissant, James se leva, et s'approcha du bureau, hésitant.

« Je peux le reprendre ? » demanda t'il en montrant le miroir.

Harry hocha la tête et James l'empocha.

« Comment le saviez-vous ? »

James regardait Harry avec ce qui ressemblait à une pointe d'admiration, en plus de la curiosité.

« C'est mon petit secret, Mr Potter. Filez, maintenant. »

Le capitaine de l'équipe de Quidditch ne se le fit pas dire deux fois.

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Tout ce qu'espérait Harry le lundi soir, c'est que la retenue avec Rogue se passerait aussi bien que celle de James. Le cours du matin avait été particulièrement agréable. James ignora sagement les remarques désagréables qu'Evan Rosier glissa à propos des raisons de sa victoire lors du match du samedi, et passa le reste du temps à s'entraîner comme le disait Harry, en s'abstenant de faire des commentaires sur la facilité des sorts enseignés. Visiblement, James avait été impressionné par le fait qu'Harry ait compris qu'il avait un moyen de communiquer pendant ses retenues, sans pour autant le punir.

Eh bien, ça me facilitera la vie, d'avoir mis fin à cette guéguerre.

Mais Harry n'avait pas la moindre idée sur la façon d'aborder Rogue. Son père était simple à comprendre, il en savait suffisamment sur lui pour avoir un avantage, et ses réactions étaient assez prévisibles.

Rogue, par contre... Eh bien, Harry en savait également plus sur lui que le Serpentard ne le pensait, mais cela ne l'avançait pas énormément. Il voulait que Rogue lui fasse confiance, mais cela semblait impossible. Bon, Lily y était d'une certaine façon parvenue, à moins que tout ait été calculé par Rogue pour se rapprocher d'elle...

À 20 heures, Rogue vint frapper à la porte du bureau d'Harry. Celui-ci lui ouvrit et lui expliqua son travail, qui consistait à finir celui laissé inachevé par James. Rogue s'attela à la tâche en silence, et pendant un bon moment, aucun mot ne fut prononcé.

« Et quelles autres matières avez-vous choisi pour vos ASPICS ? » demanda finalement Harry, sans trop savoir où il allait.

Rogue leva les yeux du livre qu'il était en train de rafistoler avec soin, puis les rabaissa.

« Potions, botanique, métamorphose, sortilège, études des Runes. » marmonna t'il.

Harry se souvint d'une réflexion que Rogue lui avait faite à ce propos.

« Les matières pour devenir Auror, à part les Runes... » lâcha t-il.

Rogue eut un sourire méprisant.

« Les Runes, c'était pour le plaisir, les cours étaient vraiment bien jusqu'à cette année. Les autres matières... Oui, c'est vrai qu'elles sont requises pour être Auror, mais je ne crois pas que je peux compter là-dessus. »

Harry se leva pour se dégourdir les jambes.

« Pourquoi donc ? Vous êtes brillant dans toutes ces matières, vous seriez une recrue de choix. »

Le Serpentard lui jeta un regard méfiant.

« Non, je ne crois pas qu'ils voudraient de moi au Ministère. De toute façon, ça ne m'intéresse pas. »

Harry fit mine de s'intéresser à l'un des livres que Rogue avait arrangés.

« Mais vous avez bien des projets de carrière pour après Poudlard, non ? »

Rogue prit un autre ouvrage sur la pile de bouquins usagés avant de répondre :

« Oui. Je voudrais être guérisseur à Ste-Mangouste. Enfin, plutôt dans la recherche de potions. »

Harry lui jeta un regard surpris.

« Guérisseur, vraiment ? »

Son élève leva soudain la tête, et pour une fois le regarda droit dans les yeux :

« Oui, et alors ? C'est si surprenant que ça ? C'est tellement incroyable, hein, que quelqu'un comme moi envisage de travailler à guérir des gens. »

Harry fixa un instant Rogue, puis détourna le regard, gêné. Était-il sincère ? Difficile à croire, mais après tout... Mangemort n'était pas un métier, et eux aussi pouvaient être blessés au combat. Un guérisseur attitré, voilà qui pouvait être utile à Voldemort.

« Excusez-moi, Mr Rogue, je ne voulais pas vous vexer. C'est juste que... Hum... Étant données vos capacités dans ma matière, je vous imaginais plus faire une carrière sur le terrain. »

Rogue le regarda un instant, comme s'il essayait de deviner si Harry se moquait de lui ou non, puis se concentra sur son livre.

Le reste de la soirée passa dans le calme le plus total. Harry n'avait pas trouvé d'autres moyens d'aborder Rogue, et il ne voulait pas continuer à lui poser des questions. Si Rogue avait l'impression qu'Harry se faisait trop curieux, il se replierait encore plus sur lui-même, et il serait impossible d'en tirer quoique ce soit.

« Bien, fit Harry, découragé, au bout d'un moment. Vous pouvez y aller »

Rogue se leva et sortit un mouchoir de sa poche pour essuyer la poussière des livres qui s'était déposée sur ses mains. Mais une enveloppe froissée tomba en même temps de sa poche.

Si Rogue n'avait rien remarqué, Harry aurait attendu qu'il sorte pour la ramasser et lire la lettre qui devait s'y trouver, malheureusement, ce ne fut pas le cas.

« Des nouvelles de la famille ? », fit innocemment Harry.

Rogue lui jeta un regard sombre en rempochant la lettre puis acquiesça, l'air maussade.

« Pas de mauvaises nouvelles, j'espère ? »

Rogue secoua la tête.

« Juste mon père. Il veut que je rentre pour les vacances. »

Harry leva un sourcil.

« Revoir vos parents n'a pas l'air de vous ravir. »

Harry se doutait des raisons de sa contrariété : s'il revenait chez lui, il pouvait dire adieu à sa rencontre avec Voldemort. De plus, l'idée que pendant ce temps, Rosier irait à Malefoy Mansion rajoutait sans doute beaucoup à sa ranc½ur. Le regard de Rogue fut cette fois-ci vraiment féroce.

« Pas mes parents. Juste mon père. » grogna t-il avant de s'en aller, laissant Harry pantois.

Il vit seul avec son père moldu ? L'ambiance doit être chaude... Est-ce que sa mère est morte, ou a-t-elle fini par partir, l'abandonnant comme Merope Gaunt l'avait fait de son fils ?

Harry regagna ses appartements, déprimé. Tout cela n'avait pas servi à grand-chose. Ce que Rogue lui avait dit de ses projets lui paraissait peu vraisemblable, et le garçon n'aurait pas envie d'avoir une autre conversation. Comment le pousser à se confier à lui ?

La réponse le frappa aussitôt, et il se demanda comment il n'avait pas pu y penser avant. Bien sûr... Mais comment s'y prendre ? Avec un soupir, Harry comprit qu'il devrait accepter l'invitation de Slughorn.

# Posté le mercredi 16 mai 2007 15:42

Chapitre 6 - Le club de Slug

Chapitre 6

Retour au Club des Limaces

Lorsque quelques jours plus tôt Harry avait accepté l'invitation de Slughorn à venir prendre le thé dans son bureau à l'occasion, cela avait été par pure politesse. Même s'il n'avait rien de particulier contre le Maître des Potions, sa compagnie ne l'avait jamais passionnée, et il savait que l'envie qu'avait celui-ci de le recevoir tenait au fait qu'Harry était sans doute le plus jeune professeur de l'histoire de Poudlard, et que cette précocité intéressait Slughorn, toujours avide de se faire des relations.

Cependant, Harry ne pouvait pas débarquer à l'improviste dans son bureau non plus sans être impoli, et Slughorn n'avait pas renouvelé son invitation depuis. Et quand bien même, ce n'étais que la partie la plus facile du plan. Il faudrait encore qu'Harry se débrouille pour lui subtiliser du Veritaserum (si comme le supposait Harry il en avait fait un plein chaudron en démonstration à ses Sixième Année, il lui en resterait) puis, le plus ardu, trouver un moyen d'en faire boire à Rogue pour le cuisiner sans que ce dernier n'en ait conscience.

Harry rongeait son frein, quand, environ deux semaines plus tard, Slughorn l'aborda au détour d'un couloir, un immense sourire collé à son visage rond.

« Ah, Professeur Granger ! C'est justement vous que je voulais voir ! La veille des vacances de Noël, j'organise une petite sauterie dans mon bureau, avec quelques élèves. Il y aura également des invités de marque. Cela vous dirait-il de vous joindre à nous ? »

Pour la première fois de sa vie, Harry fut ravi de se retrouver convier à une réunion du Club des Limaces. Dans la foule, il pourrait s'approcher de l'armoire aux ingrédients sans être repéré. Le seul détail qui l'ennuyait était de devoir attendre presque un mois avant de pouvoir tenter le coup, pour qu'en plus Rogue parte en vacances dès le lendemain. Il accepta néanmoins avec joie. Peut-être trouverait-il une occasion dans un délai plus bref, mais en attendant, c'était mieux que rien.

La réception de Slughorn n'intéressait en tout cas pas que lui. Tout comme lors de sa Sixième Année, il entendait les élèves discuter de l'identité des invités de marque probables, et se pencher sur les choix possibles des membres du Club concernant la personne qu'ils comptaient inviter. Visiblement, la réception d'avant Noël du Maître des Potions était un événement annuel que personne ou presque ne désirait manquer. Toute cette effervescence contribuait à atténuer le climat d'inquiétude dû à la guerre, malgré les nouvelles chaque fois plus alarmantes qu'apportait la Gazette des Sorciers

Bien sûr, les deux élèves les plus en vue étaient Lily Evans et James Potter. Harry savait parfaitement pourquoi James n'avait pas encore trouvé de cavalière : la seule qui l'intéressait était Lily, et il tenterait sa chance autant que possible avant de se résigner à se rabattre sur quelqu'un d'autre. Il avait eut l'occasion d'entendre Sirius tenter de lui remonter le moral.

« Il n'y a vraiment pas de quoi en faire toute une histoire, tu sais. Qu'est-ce que ça peut faire, que tu n'y ailles pas avec Evans ? Ce sera sans intérêt, de toute façon, tu ferais mieux de venir à la réception que moi j'organiserais dans la Salle Commune. Ce sera sacrément plus festif, crois-moi. Slughorn va vous cantonner à la Bièraubeurre, comme si vous étiez des gamins de 12 ans. Je vais me débrouiller pour introduire du Whisky Pur-Feu, les résultats seront beaucoup plus amusants ! »

Harry se demanda un instant pourquoi Sirius n'était pas membre du Club, puisque après tout, il était tout aussi doué que James. Puis il se souvint qu'à ce stade, Sirius avait déjà dû être renié par sa famille. Sans doute que Slughorn n'avait pas envie de se commettre avec le mouton noir d'une famille aussi puissante que celle des Black. Quoiqu'il en soit, James ne fut pas ragaillardi par les paroles de son ami.

Lily, de son côté, semblait crouler sous des propositions plus ou moins bienvenues, sans que cela ait l'air de la passionner véritablement. Elle finit par jeter son dévolu sur un garçon de Serdaigle du nom de Tiberius O'Flaherty, qui peu de temps après passa une journée à l'infirmerie pour que Mme Pomfresh lui enlève les oreilles d'âne dont un mystérieux personnage l'avait affublé alors qu'il avait le dos tourné. Harry nota que ce jour-là, James eut l'air un peu plus joyeux que d'habitude.

Rogue faisait également partie du Club, mais à le voir, on en aurait douté, tellement il se montrait peu concerné par l'agitation que provoquait la manifestation. Il n'était pas non plus un cavalier recherché, mais certaines filles semblaient prêtes à tout pour assister à la fête, y compris sortir avec le garçon le plus détesté de l'école. Harry eut l'occasion de s'en apercevoir alors qu'il sortait dans le couloir pour faire entrer ses élèves dans la classe.

Une Poufsouffle de Quatrième Année avait coincé Rogue contre un mur et lui avait demandé de l'inviterà la party, parce qu'après tout, il ne recevrait pas d'autres invitations comme ça.

Rogue ne daigna même pas ouvrir la bouche pour lui répondre. Il se contenta de la fixer d'un ½il noir, et la fille blêmit et partit en courant. Cet épisode rendit Sirius et James absolument hilares, et Harry dut les menacer d'une retenue pour qu'ils se calment durant son cours.

Rogue avait l'air encore plus maussade que d'ordinaire, et Harry n'avait aucun mal à deviner pourquoi. Les vacances approchaient et visiblement le Serpentard avait échoué à convaincre son père qu'il les passerait ailleurs que chez lui. Rosier, en revanche, avait l'air plus arrogant que jamais, son visage reflétant au fur et à mesure que les jours passaient un mélange d'autosatisfaction et de légère appréhension. Son air supérieur ne faisait qu'exaspérer davantage Rogue, qui s'était mis à l'écart de la bande, sans doute trop irrité par les grands airs de son condisciple et l'admiration béate que lui vouait les autres. Le fait qu'en fin de compte, il passe les vacances chez lui avait visiblement convaincu Rosier et Wilkes qu'il n'avait prétendu le contraire que pour se rendre plus intéressant. Même sa concentration s'en ressentait et il ne parvint pas à la moyenne à une interrogation surprise qu'Harry leur avait donnée et qui n'aurait pas dû présenter de problème. Cela fut néanmoins un prétexte pour qu'au cours suivant, le dernier avant les vacances, Harry demande à Rogue de rester à la fin pour lui parler.

Quand le dernier élève eut quitté la classe, Harry attendit un moment, puis commença :

« J'ai noté que vous sembliez avoir la tête ailleurs, en ce moment. Vos résultats s'en ressentent. Auriez-vous des soucis ? »

Rogue secoua la tête, faisant voler ses cheveux graisseux.

« L'idée de rentrer à la maison pour les Fêtes ne semble pas vous enthousiasmer. Vous préféreriez rester à Poudlard ? Je sais que lorsque j'étais à l'école, c'était mon cas. »

Rogue lui jeta un regard méfiant, puis marmonna :

« Oui. Mais cette fois j'étais invité chez un ami. »

Harry feignit l'ignorance :

« Rosier ? Vous vous entendez plutôt bien avec lui, d'habitude, non ? »

Le Serpentard lui lança un regard méprisant.

« Ce n'est pas lui qui m'a invité. Et ce n'est pas mon ami. Mon ami n'est plus à Poudlard depuis quelques années. Qu'est-ce que ça peut faire, d'ailleurs ? Je ne vais pas chez lui en fin de compte. »

Harry décida de revenir au point de départ :

« Quelque chose doit bien vous contrariez, non ? Vous nous avez habitué à l'excellence... »

Rogue s'agita avec impatience :

« J'ai eu une petite baisse de forme ce jour-là, d'accord ? Ça arrive à tout le monde. »

Harry préféra laisser tomber. Après tout, avec de la chance, il parviendrait bientôt à mettre la main sur le Véritaserum, et ensuite... On verrait.

« Très bien, Mr Rogue, vous pouvez y aller. Mais si un jour vous avez besoin de parler, je suis là. »

Sans répondre, le Serpentard s'en alla.

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Le soir de la réception arriva enfin. Harry descendit au sous-sol où se trouvait le bureau de Slughorn. Comme l'année précédente, la pièce semblait immense, par rapport à ce que l'on aurait pu supposer. Elle grouillait de monde. Des élèves se jetaient sur le buffet, et des adultes élégants qu'Harry ne connaissaient pas discutaient d'un air important, ou en lançant de temps à autre une plaisanterie guindée. Le Gryffondor eut le temps de repérer au buffet son père, une jolie fille brune agrippée à son bras et qui ne le quittait pas des yeux, et Lily, qui discutait tranquillement avec O'Flaherty et un couple de Serdaigle un peu plus loin. Elle n'avait pas l'air de s'ennuyer.

« Professeur Granger ! s'exclama Horace Slughorn en se frayant difficilement un passage entre deux groupes, vous voilà enfin ! Venez, que je vous présente ! »

Le directeur de Serpentard attrapa Harry par le bras et le traîna devant deux sorciers luxueusement habillés.

« Voici Gilbert Fripemine, de la Commission des sortilèges expérimentaux. Le Sortilège de Contention, c'est lui ! »

Harry ignorait de quoi il s'agissait, mais il fit celui qui était parfaitement au courant.

« Et voici le Professeur Padraic Conolly, de Ste-Mangouste, ajouta Slughorn, Messieurs, je vous présente le Professeur Granger. Le plus jeune enseignant de l'histoire de Poudlard ! »

Les deux hommes saluèrent poliment. Ils avaient tous deux l'air distingué et raide.

« Enchanté, » marmonna Harry en leur serrant la main.

Slughorn eut l'air ravi, et se tirailla la moustache.

« Mais j'y pense, Mr Fripemine, il y a cette élève remarquable dont je vous ai parlé. Celle qui veut faire carrière dans votre branche... Miss Evans ! »

Lily, qui était en pleine conversation avec les Serdaigles tourna la tête dans sa direction. Elle dit quelques mots à ses camarades avant de s'avancer vers Slughorn, un sourire aimable sur le visage. Son professeur refit les présentations.

Harry nota que sa mère avait l'air très heureuse de pouvoir rencontrer Fripemine, même si ce dernier ne semblait pas particulièrement impressionné. Sans doute devait-il se dire qu'une fille de cet âge n'avait pas encore les capacités pour expérimenter de nouvelles formules.

« Je suis sûr qu'elle vous surprendra, s'exclamait Slughorn avec jovialité. Mais excusez-moi ; Conolly, je vous néglige... Hélas, je ne crois pas avoir à vous présenter un espoir de la médicomagie... »

Harry décida d'intervenir :

« Severus Rogue m'a laissé entendre qu'il souhaitait devenir guérisseur. »

Horace fronça les sourcils puis son visage s'éclaira.

« Oui, il m'en avait également parlé lorsque nous avons du discuter plan de carrière avant les BUSES ! Effectivement, même si je l'avais plutôt orienté alors vers la préparation de potions. Il pourrait avoir un beau succès en ouvrant une échoppe d'apothicaire, peut-être la développer en chaîne s'il se débrouille bien... Mais c'est guérisseur qu'il veut être ? Eh bien, je vais le chercher. Il faut que je vous le présente, Conolly, le Professeur Granger a raison. »

Slughorn revint quelques minutes plus tard, Rogue traînant les pieds dans son sillage. Contrairement aux autres élèves qui avaient revêtus des robes de sorciers dignes du Bal de Noël, Rogue portait son habituel uniforme, certainement, supposa Harry, parce que c'était ce qu'il avait de moins miteux à se mettre.

Conolly serra la main de Rogue d'un air distant. Tout cela ne passionnait pas Harry outre mesure. Aussi salua t'il d'un signe de tête ses interlocuteurs et commença à déambuler dans la salle, se rapprochant progressivement de l'armoire aux ingrédients. Il s'arrêta un instant pour parler avec James, qui avait l'air de s'ennuyer à 100 mornilles de l'heure avec son amie, puis continua.

Jetant un regard autour de lui, il s'assura que personne ne le regardait. Mais tout le monde était en train de rire et de manger. Harry appuya sur la poignée de l'armoire et celle-ci s'ouvrit sans bruit. Aucun sortilège sur la serrure, parfait. Visiblement, Slughorn était beaucoup moins méfiant que Rogue...

Harry n'eut pas plus de mal à trouver le Veritaserum. Il y en avait une fiole, clairement étiqueté sur l'étagère la plus haute. Le Gryffondor s'en saisit prestement et la glissa dans sa poche, avant de retourner vers la fête d'un air dégagé. Est-ce que Slughorn se rendrait compte de la disparition de sa potion ? C'était tout à fait possible, voire probable, mais cela n'inquiétait pas particulièrement Harry. Après tout, même si le Serpentard devinait qu'on lui avait subtilisé le Veritaserum durant sa réception, comment pourrait-il savoir qui était le coupable ? Il y avait tellement de monde... Lorsqu'Harry rejoignit Slughorn, Fripemine et Conolly étaient partis, mais le directeur des Serpentards discutait toujours avec Lily, tandis que Rogue contemplait le fond de sa pinte de Bièraubeurre comme si elle l'avait personnellement insulté.

« Il ne faut pas se laisser impressionner, Miss Evans, pontifiait Slughorn, je sais qu'il a été particulièrement intéressé. Il n'en laisse rien paraître, ce n'est pas un expansif, Gilbert Fripemine, mais à votre place, je ne m'en ferais pas. Je suis très confiant : dès vos ASPICS en poche, préparez-vous à ce qu'il vous contacte. »

Lily eut un sourire radieux.

« Voyons, ne boudez pas, Mr Rogue, poursuivit jovialement Slughorn, vous savez, Conolly est assailli de demandes... Guérisseur est un poste très convoité, il y a de la concurrence et vous êtes encore jeune. Faîtes vos preuves dans la préparation de potions, et très vite, vous verrez que vous recevrez des propositions extrêmement intéressantes ! »

Cela ne sembla pas rasséréner Rogue, qui grommela qu'il allait se chercher à boire. Mais Harry vit bien qu'il se dirigeait vers la sortie et non le buffet. Visiblement, le fait qu'il n'ait pas intéressé Conolly le contrariait réellement. Avait-il envie d'être guérisseur à ce point ? C'était difficile à imaginer...

Un peu plus tard, ce fut Lily qui déclara être fatiguée. O'Flaherty, qui l'avait rejointe entre temps, fit par de son intention de rester encore un peu. Harry, qui n'avait pas particulièrement envie de s'attarder, accompagna sa mère vers la sortie.

« Alors vous vous destinez à l'expérimentation ? » demanda Harry d'un ton dégagé.

Il n'avait pas encore eu l'opportunité de parler à sa mère en tête-à-tête, et ne voulait pas passer cette occasion. Il avait tellement envie de mieux la connaître... Et de savoir exactement ce qui lui avait pris de se lier d'amitié avec Rogue.

« Oui, cela m'intéresse énormément ! fit Lily avec enthousiasme. La Magie ne doit pas être quelque chose de figé. Il existe à présent tellement de sorts, pour accomplir les actions les plus banales, que c'est de plus en plus difficile, mais ce n'est pas plus mal. »

Harry eut un sourire :

« Vous aimez les défis, n'est-ce pas ? Enfin, vous pouvez compter sur l'aide du Professeur Slughorn, il a l'air de bien prendre en charge les élèves qu'il estime prometteurs ! »

Lily hocha la tête avec réticence :

« Eh bien, oui... fit-elle d'une voix hésitante. Tant que cela correspond avec ses projets, en tout cas. Prenez Severus Rogue, par exemple, il ferait un très bon guérisseur, mais il n'a pas l'air suffisamment respectable pour être engagé à Ste-Mangouste. Une véritable recommandation du Professeur Slughorn devrait suffire à convaincre l'hôpital à lui donner une chance, mais il est persuadé que Rogue n'est pas fait pour cela. C'est dommage, non ? »

Harry, qui n'avait jamais spécialement aimé toutes les man½uvres de Slughorn pour caser ses poulains, acquiesça.

« En effet... Et vous vous entendez bien avec Mr Rogue ? Il m'a l'air plutôt solitaire, mais les Serpentards avec qui il est parfois... Eh bien, vous me jugerez peut-être indiscret, mais je suis après tout son professeur et... Je dois dire que je n'aime pas trop ses fréquentations. »

Lily se rembrunit.

« Pour être franche, moi non, plus... Rosier et compagnie... Je préfère ne pas faire d'accusations infondées car le sujet est grave mais... Vous savez, ils sont tous tellement persuadés d'être supérieurs parce qu'ils ont le Sang Pur ! Mais Rogue n'est pas comme ça. Enfin, il a pas mal de préjugés qui refont surface, cependant, il n'est pas si bête. C'est difficile d'avoir une conversation normale avec lui. Il peut être très gentil, enfin, aimable quand on sait le prendre, mais il peut aussi prendre la mouche sans qu'on sache trop pourquoi, sur des questions ridicules. Mais il gagne vraiment à être connu, je trouve. C'est dommage que la plupart s'arrêtent aux apparences. »

Harry approuva de la tête en essayant de garder une expression neutre. Se pouvait-il que Lily dise vrai ? Ou est-ce que, comme Dumbledore, elle avait tant envie de voir le bon en chacun que cela l'aveuglait sur la véritable nature de certaines personnes ?

Ils se séparèrent au pied de la tour de Gryffondor, non sans s'être souhaités auparavant de bonnes vacances. Harry regagna ses appartements, d'une humeur beaucoup plus légère qu'en début de soirée. Discuter avec Lily avait été vraiment agréable...

Un tintement dans sa poche lui rappela la fiole de Veritaserum qu'il avait « empruntée » à son collègue. Il devrait encore attendre quinze jours avant de s'en servir. Mais pour l'instant, cela ne le contrariait pas. Jusque là, tout s'était bien passé. Et ensuite, eh bien... Dumbledore n'apprécierait sûrement pas de voir qu'Harry, loin de suivre ses conseils, s'était obstiné à enquêter sur Rogue. Mais cette contrariété se dissiperait quand Harry lui aurait démontré à quel point Rogue était sournois et dangereux... Oui, Dumbledore lui serait reconnaissant de lui avoir ouvert les yeux.

# Posté le vendredi 31 août 2007 08:21